Du domaine seigneurial de Robert Millin au lotissement du Parc
Quand on se balade dans Le Perreux, le quartier du Parc étonne encore un peu les gens qui ne sont pas du coin. C'est ce secteur très calme formé d'une centaine de pavillons, logé en plein milieu de la ville, mais dont les rues sont privées avec des barrières automatiques pour filtrer l'entrée des voitures. Beaucoup croient qu'il s'agit d'une création immobilière récente, mais en réalité ce lotissement correspond précisément à l'ancien cœur historique du grand domaine seigneurial du Perreux.
L'époque des seigneurs et le grand château de Boullée
Au Moyen Âge, toute cette plaine revenait aux moines de l'abbaye de Saint-Maur. Il n'y avait seulement qu'un vieux manoir agricole et quelques vignes sur le coteau. Les choses évoluent nettement en 1760 lorsque Robert Millin rachète les terres. C'était un homme influent à l'époque, écuyer et receveur général des finances du duc d'Orléans.
Pour montrer sa réussite, il choisit de faire raser une grande partie de l'ancien manoir pour édifier un vrai château de plaisance. Il fait appel à l'architecte Étienne-Louis Boullée, un grand nom de l'époque qui œuvrait pour le Roi. Boullée a imaginé une vaste demeure avec un parc à la française qui filait vers la Marne, avec des allées d'arbres régulières, des bassins et des dépendances pour les chevaux.
La tourmente révolutionnaire et les ventes successives
La Révolution met un coup d'arrêt net à cette vie de château. En 1794, sous la Terreur, le fils de Robert Millin est conduit à la guillotine sur ordre du tribunal de Fouquier-Tinville. La propriété est mise sous séquestre, pillée, ensuite enfin restituée à la famille sous le Directoire, mais le domaine est déjà fort abîmé.
Au début du 19e siècle, c'est l'agronome François de Neufchâteau qui reprend le château et son parc. Il s'intéresse énormément aux cultures locales, mais les frais d'entretien d'un tel domaine sont devenus colossaux. Les propriétaires suivants, notamment les familles Pantigny et de Beaufranchet, commencent à comprendre que la terre a maintenant plus de valeur à être découpée en parcelles qu'à rester un parc d'agrément.
L'arrivée du chemin de fer et le découpage du domaine
Le tournant arrive vers 1855 avec les travaux du chemin de fer de la ligne Paris-Mulhouse et la construction du grand viaduc de Nogent. Paris n'est plus qu'à quelques minutes de train. C'est à ce moment-là que les terrains tout autour du château sont cédés par petits lots à des bourgeois ou des commerçants parisiens pour y construire des résidences secondaires.
Le château de Boullée, vidé de son parc et laissé à l'abandon au milieu des nouvelles maisons, a fini par être en grande partie détruit. Les promoteurs de l'époque ont dessiné des voies en boucle sur l'emprise des anciennes pelouses et de la cour d'honneur pour créer le lotissement qu'on appelle encore aujourd'hui Le Parc.
Pour préserver leur tranquillité face à la circulation qui augmentait sur les grands axes comme l'avenue Ledru-Rollin, les propriétaires du lotissement se sont organisés en association syndicale libre. C'est ce qui explique pourquoi aujourd'hui encore, les rues du Parc conservent leur statut de voies privées et restent protégées du passage des voitures.
Sources utilisées pour cette note :
- Cadastre napoléonien de la commune de Nogent-sur-Marne (section Le Perreux), consultable aux Archives départementales du Val-de-Marne.
- Ouvrage de J.-F. Holvas sur la seigneurie et le château du Perreux (1998).
- Registres des délibérations communales et plans parcellaires anciens conservés en mairie.
© Texte rédigé par un collectif d'habitants du Perreux-sur-Marne